Salon de l'Humain 2017 Penser et agir autrement pour bien vivre

Respect de la Nature : Pierre Rabhi, 20 pensées pour vivre en harmonie avec la nature

« Il n'y a pas l'homme d'un côté, la nature de l'autre. L'homme est nature. 

Nous ne sommes pas, nous les hommes, des êtres isolés, nous ne sommes pas les maîtres absolus de la Terre.  Nous devons rester reliés au grand flux de la nature. C'est la condition de notre survie. 

Lorsque nous observons notre planète depuis l'espace, nous découvrons que rien n'est contre rien. On ne peut pas dire que le pôle Nord est contre le pôle Sud, ou que l'éléphant d'Afrique est contre l'éléphant d'Asie. Notre terre est un système unitaire dans lequel tous les éléments constitutifs s'inspirent de la même réalité. 

La mort naturelle, basée sur cette loi immuable de la nature selon laquelle tout organisme naît, s'épanouit, décline et disparaît, est magnifique. C'est un cycle auquel je suis heureux d'appartenir.

Contrairement à la dramatisation de la finitude engendrée par la modernité, la nature, elle, témoigne des cycles certes irrévocables, mais où tout se renouvelle. 

La nature offre à  la fois ce qui nourrit le corps et le guérit, émerveille l'âme, le coeur et l'esprit. 

Je ne sais pourquoi ce grand chêne, qui dresse ses ramures puissantes, cet être qui frémit de ses milliers de feuilles, m'impose tant de respect. Alors que je n'existais pas encore, lui était déjà en ce lieu témoin muet, enfermé dans son silence de sage comme un ermite inaccessible. 

Les roches, abondantes dans mon lieu de vie, m'émerveillent. Elles sont pour moi des fragments de mémoire muette, comme fermées sur le secret de la création du monde. 

Pourquoi doit-on défendre une forêt ? Parce qu'elle est précieuse et participe à l'équilibre de la biodiversité dont nous dépendons, mais aussi parce qu'elle est belle et que l'on ne peut se priver de la beauté de la vie. 

Probablement plus que toute autre espèce, l'abeille amie des fleurs, fécondatrice infatigable, pourvoyeuse de l'une des quintessences de la nature, est elle-même de nature éthérée, intendante de ce qu'il y a de plus subtil dans la chaîne du vivant, et donc absolument indispensable aux vivants que nous sommes. 

Nous sommes passés d'une humanité primitive qui considérait qu'elle appartenait à la vie, à une humanité dite «évoluée» qui considère que la vie lui appartient. Nous nous sommes érigés comme les propriétaires de la création. C'est la raison pour laquelle nous n'avons plus aucun respect pour rien.

Tuer les arbres hors des nécessités d'une vie simple, c'est commettre un grave préjudice à la vie. C'est un délit passible des plus grandes tristesses. Les arbres disparus, il ne restera plus que vide, solitude et désert jusque dans les coeurs. 

La planète est comme malade du genre humain. Pourquoi avons-nous déclaré la guerre à la vie à laquelle nous devons la vie. 

Toutes les exactions que nous infligeons à la terre sont autant de coup de hache que nous portons à nous-mêmes. Avec cependant une nuance : notre espèce peut s'abattre comme un arbre, mais la Vie se perpétuera après nous. 

L'eau féconde la terre, elle est le sang de la terre. Il est très important de ne jamais l'oublier et de savoir que tout le mal que nous lui faisons finit toujours par retomber sur nos têtes. 

À la différence de la prédation humaine, le lion dévore des antilopes car sa propre existence en dépend, mais il n'a ni banque ni stock d'antilopes pour en faire commerce et affamer ses congénères. Chaque prélèvement est en quelque sorte fondé sur la vie qui se donne à la vie, pour que tout puisse continuer à vivre.

Chez les Bushmen, quand un chasseur abat un animal, il s'agenouille près de sa dépouille et le remercie du don qu'il lui fait, qui va lui permettre de vivre et de faire vivre sa famille. Voilà l'intelligence : comprendre que nous faisons partie d'un tout. 

Si l'homme disparaissait, les baleines et les éléphants feraient une fête à tout casser car le pire des prédateurs aurait enfin cessé d'exister. 

Notre sort est indissociable de celui de l'environnement. Arrêtons de nous croire au-dessus ou en dehors. 

On parle de l'écologie comme d'un condiment dans le système global de la société, alors que c'est l'élément premier et universel qui devrait être reconnu par l'ensemble du genre humain. »